Patrice Delègue
Patrice Delègue est responsable des projets Comenius au sein de l'agence Europe-Education-Formation France, qui a pour mission de gérer et promouvoir en France le programme européen "Education et formation tout au long de la vie".
Quel est le rôle de l'agence Europe-Education-Formation France ?
L'agence est avant tout une agence de gestion. Elle est chargée de la ventilation des fonds alloués par l'Europe pour les projets. Elle les met à disposition des enseignants ou des équipes pédagogiques.
Nous devons faire savoir qu'ils sont disponibles. Nous faisons en sorte que les candidats puissent déposer leurs demandes, nous sélectionnons celles-ci, assurons leur évaluation et leur sélection, nous procédons au financement, récupérons la preuve de l'activité et de sa qualité, et vérifions que nous pouvons payer la totalité.
Nous avons une autre mission au niveau de la qualité : il s'agit de rendre compte à la Commission de Bruxelles, qui renvoie ensuite au Parlement européen, c'est-à-dire aux politiques, de l'intérêt de tous ces programmes, afin de voir si c'est la meilleure façon de procéder. Par exemple, si les formations servent uniquement à pallier un manque de connaissances d'anglais, la Commission et le Parlement nous feront remarquer que de remettre à niveau les enseignants relève plutôt de la responsabilité de l'Etat français. Nous veillons donc à ce que les expériences des enseignants soient démultipliées et profitent aux élèves.
Quels moyens ont les enseignants pour être informés des programmes européens ?
En France, c'est très simple, nous nous appuyons sur les académies. Dans chaque académie, il y a un DAREIC (délégué académique aux relations européennes et internationales et à la coopération) qui sert de relais officiel.
Nous nous appuyons également sur le site Internet et quelques campagnes d'information.
L'information circule-t-elle de façon satisfaisante ?
Pour nous, oui, du point de vue des chiffres. Mais pour l'enseignant, non, même à Bordeaux où se situe l'agence. Beaucoup nous disent qu'ils ne savent pas comment faire.
Quels changements faudrait-il opérer en termes d'information ?
Il y a des choses à faire de l'ordre des messages. Dans les établissements, il faudrait par exemple casser l'image d'un Comenius qui serait le fief des professeurs de langues, et parvenir à faire disparaître l'appréhension des enseignants de disciplines non linguistiques par rapport à leurs compétences en langues. Malheureusement, cette crainte les empêche de se lancer dans des projets européens.
D'autre part, nous constatons souvent que les enseignants savent peu de choses sur les possibilités de formations qui sont offertes. Nous pourrions améliorer ce point.
Il faudrait mettre en évidence des exemples : présenter des expériences qui montrent que participer à un échange est accessible à tout le monde. Car c'est toujours extraordinaire de partir mais il n'est pas nécessaire d'être extraordinaire pour faire cette démarche.
Les enseignants sont-ils demandeurs de formations ?
Oui, je crois qu'ils sont assez demandeurs. Mais aucune étude n'a encore été publiée, alors je ne sais pas si statistiquement les enseignants ont envie de formations.
Les demandes individuelles (généralement, pour des formations en langues) ne cessent d'augmenter. En revanche, les projets de partenariats, les projets d'équipes qui impliquent les élèves, ont connu une forte chute en 2007. Plusieurs facteurs expliquent ce déficit. Nous avons entamé une enquête auprès des enseignants, qui met en évidence leur absence de disponibilité (ils ont souvent recours aux heures supplémentaires pour participer à une formation). Par ailleurs, ces formations continues souffrent de l'absence de reconnaissance officielle. Enfin, les équipes académiques évoquent la difficulté des enseignants à travailler de façon pluridisciplinaire ou en équipe.
Y a-t-il eu des recadrages sur les programmes en fonction des demandes ?
Ce sont des évolutions plutôt que des recadrages, notamment quand nous constatons que les cours sont plus ou moins demandés. Nous n'avons pas les moyens de faire des recadrages et ce n'est pas notre mission. Ce serait plutôt celle du ministère mais il n'en est pas là.
Comment se profile l'après-2013 ?
La Commission réfléchit déjà à la suite.
Ce qu'il faut espérer, c'est que l'orientation, après 2013, s'appuie vraiment sur ce qu'attendent les enseignants. Il faudrait également que de vraies reconnaissances de travail soient mises en place. Aujourd'hui, la formation continue des enseignants relève de la démarche individuelle et de la validation individuelle. Cela doit changer très rapidement pour les jeunes enseignants.
Enfin, certaines inconnues demeurent. Tout d'abord concernant la maîtrise de la langue anglaise : les enseignants vont-ils mieux prendre en compte le fait qu'ils ont des bases en anglais et qu'ils ont moins besoin de formation dans ce domaine ?
Ensuite, sur le recrutement des enseignants : seront-ils toujours recrutés comme fonctionnaires ? En Europe, beaucoup d'enseignants ne le sont pas. Si cela devient le cas en France, les non-fonctionnaires seront peut-être demandeurs d'un type de formation différent (sur l'usage des TIC, par exemple, ou sur certaines méthodologies de gestion de groupe) pour pouvoir se positionner sur le marché en fonction des attentes qui apparaîtront.
Propos recueillis en avril 2009.
Agence Europe-Education-Formation France
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