Convocation éthique
« (...) une Résistance non armée mais pas moins héroïque que celle des groupes de partisans armés. »
Pour les enfants juifs, depuis les nourrissons jusqu’aux adolescents, il n’y avait pas d’autre destination dans la furie nazie que leur mise à mort.
Les sélections, Thomas Geve¹ © Musée Yad Vashem à Jérusalem
et Association Française Buchenwald Dora et Kommandos.
« Nous voici à nouveau face à l'une de ces sélections tellement
redoutées,
au cours desquelles ceux des prisonniers dont
l'apparence
montrait qu'ils
n'avaient plus la moindre chance d'être
encore
exploitables, étaient envoyés
par ces messieurs dans les
usines de
la mort de Birkenau.
Après l'appel du soir, le camp tout entier devait marcher en
direction
du
Birkenweg (chemin des Bouleaux), qui était la route
qui menait
aux douches.
D'un côté il y avait les barbelés électriques, de l'autre les
sentinelles,
et donc
il n'était pas question de songer un instant à
s'enfuir par là.
Notre moral était au plus bas, nous attendions
pendant des heures,
alors
que la file interminable que nous
formions pénétrait très
lentement dans les
salles de consultation.
Le silence de plomb
était interrompu par un bruit
solitaire qui
faisait écho sur la route
principale - il s'agissait du pas pressé
de
ceux qui avaient eu la
chance de passer au travers de cette
épreuve.
Certains d'entre
nous priaient. D'autres pensaient à
chez eux. D'autres
encore,
qui avaient perdu tout espoir de survie,
semblaient indifférents
à ce que le destin leur réservait. »
Quand ils étaient encore dans les ghettos : par la faim et les maladies. Lors des opérations Einsatzgruppen, dans les villes et villages de l’Europe orientale et du sud de l’Union soviétique envahie : par toutes les manières possibles d’assassinats, des fusillades en masse jusqu’aux déchaînements de cruautés perverses. Dans les camps d’exterminations, dès leur arrivée, par la Selektion vers les chambres à gaz et les fosses crématoires. Et pour quelques-uns : les pseudo « expérimentations » médicales criminelles conjuguant délires scientistes et psychopathies sadiques. Seuls les adolescents de plus de quinze ans pouvaient avoir un court répit avant de mourir d’épuisement dans le travail d’esclave.
Déportés avec leurs parents, ou bien dans les Kinderaktionen, convois exclusivement d’enfants comme celui de Kovno (Kaunas) à Auschwitz, en septembre 1944, ou celui de 1260 enfants parti de Bialystok pour Auschwitz en passant par Terezin. Traqués, poursuivis, dans les cachettes précaires, les abris offerts, ou des institutions d’accueil, le sort de ces enfants convoquait « ce pouvoir de transfert et de substitution, sans lequel il n’y a point de sens de la justice, de sens de l’humain » invoqué par l’écrivain Léon Werth dans Dépositions. [Il s’agissait de les soustraire aux déportations, de les préserver des rafles, de fournir de quoi manger, où dormir, ne pas mourir de froid. Voire même dans certains cas limités, de leur permettre une simple vie d’enfants sous de fausses identité.
Initiatives individuelles, ou entreprises organisées en réseaux, juifs, chrétiens, et laïques, en Europe de l’Ouest, s’occupant de placer les enfants dans des institutions (internats, couvents, sanatorium) ou dans des familles d’accueil, tentatives de leur faire atteindre des pays « neutres », constituèrent une Résistance non armée mais pas moins héroïque que celle des groupes de partisans armés.
¹ EN SAVOIR PLUS SUR THOMAS GEVE
Texte extrait du site
http://ww2.ac-poitiers.fr/civique/spip.php?article472
Les dessins de Thomas Geve, rescapé des camps nazis à l’âge de 15 ans.
Thomas Geve jeune allemand, vit à Berlin avec ses parents.(...) Arrêté une seconde fois en juin 1943 avec sa mère, il est déporté à Auschwitz et miraculeusement jugé apte au travail malgré ses treize ans. Le 11 avril 1945, à l’approche des Américains, les détenus libèrent le camp au moyen d’armes enterrées par la Résistance mise en place depuis longtemps dans le camp.
Thomas Geve est trop faible pour être évacué tout de suite. Il demande à un camarade de lui trouver du papier et des crayons. Ce camarade lui apporte un bloc de formulaires SS comportant des feuillets de 10 x 15 cm, et cinq petits crayons de la taille d’un mégot de cigarette.
Pendant un mois, Thomas Geve reste à l’infirmerie de Buchenwald et fait 79 dessins résumant ce qu’il a vu, entendu, retenu durant sa détention à Auschwitz, à Gross-Rosen et à Buchenwald. Soucieux de témoigner, il réalise des dessins à caractère encyclopédique, extrêmement structurés et organisés, qui lui permettent de dire le plus de choses possibles sur un minimum de place.