L’écrivain britannique Mary Anne Evans, connue sous le nom de George Eliot, constatait déjà au cœur du XIXe siècle dans son chef d’œuvre MiddleMarch que « les choses ne soient pas si mauvaises pour vous et moi qu’elles auraient pu l’être est dû, pour moitié, à tous ceux qui ont mené fidèlement une vie cachée et reposent dans des tombes que personne ne visite ».
L’observation gagne un nouveau tranchant de vérité avec ceux qu’on appelle aujourd’hui « les Justes ».
Les vrais résistants ont l’héroïsme modeste ; que dire alors de l’héroïsme discret, voire anonyme, des « Justes des Nations ».
La notion de « Juste » trouve son origine dans la littérature talmudique. L’homme juste est celui qui se conduit selon la justice et l’honnêteté, qui se montre généreux à l’égard d’autrui.
Selon, la tradition rabbinique, le monde est sauvé, à chaque génération, grâce au mérite de 36 Justes, qui demeurent anonymes. La légende, répandu par la Kabbale, est un thème populaire du folklore juif. Avec elle, le judaïsme a mis au centre de l’accomplissement d’actes Saints la sanctification de la vie plutôt que le martyre.
Quand on sait qu’un quelconque secours aux Juifs était puni par les pouvoirs collaborateurs, et que dans les territoires administrés directement par le Reich (comme la Pologne par exemple) il était sanctionné immédiatement de mort, on mesure le courage de ces gens qui surmontaient une peur fondée et rompaient avec la tendance commune à l’indifférence ou à la collaboration, celle des corps constitués, mais aussi celle des délateurs à l’affût.
Tels furent, par exemple, le pasteur André Trocmé et sa femme Magda, grâce auxquels, avec les villageois des environs de Chambon-sur-Lignon, dans les Cévennes, plusieurs milliers d’enfants furent arrachés à leur funeste sort. Des actions menées au péril de leur vie et sans attente de reconnaissance ou d’assentiment de la part de leurs compatriotes ou des autorités.
La grandeur de ces Justes comme leur petit nombre (22 000 recensés à ce jour à travers l’Europe) sont aussi un signe tragique. Ils soulignent la solitude du courage dans l’humanité ordinaire.
En savoir plus sur les « Justes » : le site « Les justes de France » sur Curiosphere.tv