Dans le système général de glorification patriotique des gouvernements issus de la Victoire, la Résistance juive en général - même armée - et la « Résistance de sauvetage », juive, chrétienne ou laïque, ne trouvèrent pas leur place. Cette dernière en particulier ne semblait pas avoir l’héroïsme flagrant des actions de combat.
Pourtant en sauvant en France près de 10 000 enfants, au péril des rafles et des dénonciations, ses acteurs sauvèrent encore l’idée même d’une Civilisation de vie contre celle de la Mort. Honorés pour mémoire « Justes des nations » suivant la tradition talmudique, ou encore « Gardiens de la vie », ils mirent au centre de leurs actes la sanctification de la vie.
Les actions de sauvetage furent le fait d’une multitude d’actions personnelles, individuelles ou agrégées en chaînes de solidarité d’organisation clandestine, accomplies par des gens qui mirent au-dessus des règlements civils, malgré les dangers, la loi de l’empathie humaine.
Elles accueillirent, cachèrent, aidèrent à fuir, des familles entières, des inconnus traqués, des enfants pourchassés. Elles mobilisèrent des hommes et des femmes de toutes conditions, des prêtres et des enseignants, des moines et des religieuses, des ouvriers et des paysans, des diplomates et des fonctionnaires, etc.
La « Résistance de sauvetage » qui transcende les différences d’origine sociale, les clivages politiques, les asymétries de responsabilités publiques, les diversités professionnelles, révèle une « société éthique » transversale, invisible à l’ordinaire des lectures sociologiques.