Aux côtés des camps de concentration (Dachau, Buchenwald, Ravensbrück, Sachsenhausen…) et des camps d’extermination (Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Belzec, Sobibor…), les ghettos, au nombre de plus de 400, ont constitué le troisième grand dispositif de l’Archipel des territoires organisés de la destruction en masse nazie.
Situés généralement dans un quartier de surface très restreinte d’une grande ville (Varsovie, Lodz, Vilno, Kovno…) mais parfois dans un seul vaste bâtiment ; ceints de murs hauts d’au moins 3 mètres et de barbelés, dans ces ghettos, furent regroupés, par dizaines ou centaines de milliers, les Juifs de l’Est de l’Europe, habitants des grandes villes, et y étaient transférés ceux, résidents des petites villes et des campagnes.
Lieux de regroupement, d’enfermement, d’entassement, d’étranglement, ils avaient pour fonction de couper les populations juives de tous liens matériels, communicationnels, relationnels et humains, avec leur environnement. Laissés à l’autorité illusoire de « Conseils juifs », ils constituèrent par la misère extrême, l’insalubrité, les épidémies, et la famine organisée, délibérément des mouroirs.
Dans la logique exterminatrice nazie, ils furent une étape provisoire avant la déportation vers l’anéantissement.
Dans les ghettos, les enfants, nombreux (sur le demi-million de Juifs emmurés dans le ghetto de Varsovie, on comptait plus de 100 000 enfants de moins de quinze ans), en haillons, enflés par la faim, ravagés par la maladie, commencèrent les premiers à mourir par dizaine de milliers, avant d’être déportés vers les chambres à gaz, en famille ou lors de Kinderaktionen. Les « Conseils juifs » dans leur ensemble tentèrent d’organiser ou de soutenir une assistance quoique très précaire aux enfants : collectes, formes de scolarisation, crèches parfois, orphelinats (ainsi celui du docteur et pédagogue Janusz Korczak.
Il devint toutefois vite évident que la lutte pour sauver les enfants était une mission impossible, à laquelle se consacrèrent nombre d’adultes jusqu’au sacrifice.