La notion de « génocide » est d’introduction récente. Liée à la définition de l’extermination des populations juives par le nazisme. Elle est apparue en 1944, construite par le juriste Raphaël Lemkin, en écho à la conception « racialiste » du monde affichée par les nazis. Du grec genos : naissance, race.
Vers les années 1970, son emploi s’est étendu à la destruction méthodique d’un groupe ethnique (arménien), social (populations urbaines du Cambodge). Puis, prise dans ce processus d’anomie lexicale, d’appauvrissement du vocabulaire, inhérent à la production du « blabla » mass médiatique, elle a dérivé vers la désignation de tous les meurtres de masse, en ne consignant dès lors sous son appellation que le caractère quantitatif, comptable, des massacres. Enfin prise dans les rhétoriques triviales des slogans et de la propagande, elle a perdu tout sens du réel et de l’à-propos. Aujourd’hui cette dérive, cette extension, est allée au point que nous pouvons entendre, chez des militants radicaux de la « deep ecology », évoquer le « génocide des arbres » en Amazonie.
Pourtant, malgré et contre ce délabrement lexical, l’appellation de « génocide » demeure consistante, au motif seul qu’un génocide se reconnaît d’avoir comme projet l’extermination des enfants jusqu’au dernier. Le génocide est dans sa définition une guerre totale délibérément livrée jusqu’au dernier enfant. Nous en avons eu encore un exemple au cours du génocide (justement ainsi appelé) au Rwanda. Et avant la Shoah, des signes précurseurs de nature génocidaire s’étaient produits au cours du massacre des Arméniens.
Mais encore un génocide ne fait pas « que » tenter d’exterminer les enfants. Il attaque les fondements les plus intimes d’où se soutient la Civilisation. Il attaque l’amour et la responsabilité de l’Adulte vis-à-vis des enfants. Il inverse le processus civilisationnel qui fait de l’enfant une promesse, un devenir, un investissement spirituel et projectif dans l’Avenir. L’enfant appelle ce qui fonde l’humain dans l’Homme : l’empathie et la responsabilité. Reconduites de génération en génération.