RETOUR AU SOMMAIRE DE L'ESPACE ENSEIGNANTS

LES ORIGINES DE L'ANTISEMITISME ALLEMAND
(Suite)

 Les origines de l'antisémitisme allemand
Faut-il voir dans ce que les nazis ont appelé la "solution finale" un aboutissement inéluctable de l'antisémitisme germanique qui serait né dès l'installation de populations juives à l'époque de l'arrivée des légions romaines en territoire germanique ? Selon cette idée, l'antijudaïsme n'aurait fait que de se renforcer tout au long de l'histoire allemande jusqu'à en faire un des éléments fondateurs de la nation allemande. Durant cette longue période, les juifs furent alors soumis à des persécutions régulières.

En Allemagne comme ailleurs, I'antijudaïsme médiéval ne peut être dissocié du contexte religieux. Peuple à la fois accusé d'être déicide et choisi par Dieu, les juifs étaient pour les chrétiens tout à la fois synonymes de scandale et objets d'interrogation. Cette approche religieuse permet de comprendre leur mise en ghettos dès l'époque médiévale et la naissance de mythes que l'on retrouvera sous le IIIe Reich, à savoir celui de la double personnalité des juifs selon qu'ils étaient au-dehors ou au-dedans du ghetto, ou encore les mythes des meurtres rituels, des perversions sexuelles, de la puissance maléfique et du complot universel.

Dessin de Gaillot Au milieu du XIXe siècle, un Français, Arthur de Gobineau, proposa une classification et une hiérarchisation des races humaines.

Les publications de ce genre se multiplièrent dans toute l'Europe, avec pour base commune l'idée d'une évolution des espèces dont Darwin avait été l'initiateur.

Le darwinisme fut ainsi détourné pour finalement déboucher, en Allemagne, sur une pseudoscience raciale qui plaça au sommet de la hiérarchie humaine la race nordique.

Tout en rejetant vers les plus bas et plus vils échelons ce qu'elle dénommait "la juiverie".

A partir de cette doctrine raciale se développa dans de nombreux pays européens un antisémitisme politique, social ou nationaliste, distinct de l'antijudaïsme, dont certains épisodes marquèrent les esprits, comme les multiples pogroms en Russie ou encore l'affaire Dreyfus en France. En Allemagne, un lien puissant se noua entre cet antisémitisme racial et le nationalisme pangermaniste permettant de mettre en évidence, pour ses adhérents, la nocivité de la race juive.

Hitler considérait la menace juive comme une menace infectieuse qui avait pour but de corrompre l'ensemble de la race supérieure. En octobre 1943, devant des chefs militaires SS, Himmler prononça cette terrible phrase : "Nous ne voulons pas, dans le processus d'élimination d'une bacille, être contaminés, tomber malades et mourir aussi".

MauthausenQuelle attitude des Allemands ordinaires faut-il alors retenir face à cet ignoble antisémitisme ? Celle qui approuva les lois de Nuremberg, car ces dernières flattaient l'antisémitisme traditionnel, ou bien celle qui désapprouva massivement les violences de la Nuit de cristal de novembre 1938 ?

Celle qui permit d'utiliser au minimum 100 000 bourreaux qui ne désobéirent pas pour mener à bien l'extermination des populations juives ou celle qui timidement montra son désaccord lorsque fut imposé aux juifs le port de l'étoile jaune et que commencèrent les premières déportations, ou encore celle de ces femmes allemandes qui osèrent manifester à Berlin, en 1943, pour obtenir la libération de leurs maris juifs ?

En fait, le sentiment le plus prégnant de cette période, qui s'étend de 1933 à 1945, semble être l'indifférence manifestée par la population allemande face à la tragédie vécue par les juifs. Cette indifférence s'accrut encore davantage lorsque le régime bascula dans sa phase la plus meurtrière, alors que le secret des opérations était impossible à garder tant le nombre d'hommes participant aux massacres en Pologne et en URSS, ou simples témoins, était important.

D'autre part, la multiplication des camps et des Kommandos qui se comptèrent par milliers montrait aux Allemands les conditions épouvantables réservées à l'ensemble des communautés juives d'Europe.

Pourquoi une telle indifférence devant de telles horreurs ?
Pour certains historiens, il s'agissait d'une attitude délibérée qui permettaient de ne pas s'engager personnellement, car les Allemands étaient pris entre leur sentiment d'écœurement face au sort réservé aux juifs et leur volonté de rester fidèles au Führer, qui symbolisait à leurs yeux la grandeur de l'Allemagne.

Dessin de Gaillot

"Quoi qu'on ait dit ou prétendu, la considération de la race demeure capitale dans l'histoire du monde. Dans le passé comme dans le présent, elle reste l'explication dernière de la nature des actions et des réactions de l'individu dans la lutte pour l'existence."

Jules Soury, lors de la campagne nationaliste de 1902

Comme le souligne le premier tract du mouvement de la Rose Blanche animé par les étudiants allemands Christophe Probst, Hans et Sophie Scholl, assassinés par les nazis en février 1943 :

"Rien n'est plus indigne, pour un peuple civilisé, que de se laisser, sans résistance, régir par l'obscur bon plaisir d'une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n'a pas honte aujourd'hui de son gouvernement ? Qui d'entre nous pressent quelle somme d'ignominie pèsera sur nous et nos enfants quand le bandeau, qui maintenant nous aveugle, sera tombé et qu'on découvrira l'atrocité extrême de ces crimes ?"


En 1935, les lois de Nuremberg sur la protection du sang allemand ont fait des juifs allemands des étrangers dans leur pays.

"Inspiré de la volonté indomptable d'assurer l'avenir de la nation allemande, le Reichstag a adopté à l'unanimité la loi suivante [...] :
1 - Les mariages entre juifs et ressortissants allemands sont interdits.
2 - Les relations entre juifs et Allemands en dehors du mariage sont interdites.
3 - Les juifs n'ont pas le droit d'employer dans leur ménage des ressortissantes allemandes de moins de 45 ans."


Le témoignage d'un historien vivant en Allemagne nazie

"Là où il n y avait pas eu d'arrêté municipal [interdisant la ville aux juifs] des panneaux sur les routes y suppléaient : 'Les juifs n'entrent ici qu'à leurs risques et périls', 'Juifs strictement interdits de séjour dans cette ville' [...] Aux alentours de Ludwigshaven, à l'entrée d'un virage dangereux, on pouvait lire cet avis aux conducteurs : 'Prudence, virage dangereux - Juifs, cent à l'heure'."

Marvin Lowenthal, The Jews of Germany: a Story of Sixteen Centuries (éd. The Jewish Publication Society of America, 1938)


Contenus extraits de l'ouvrage
Le génocide
Stéphane Reignier
Ed. Mémorial de Caen