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Serge Klarsfeld, père fondateur de l'enseignement de la Shoah
A La première journée de commémoration nationale de l'holocauste dans les établissements scolaires se déroulera le 27 janvier. Un événement que vous approuvez ?
Serge Klarsfeld : Aujourd'hui, le niveau de connaissance et d'intérêt pour la Shoah est élevé. Le discours de Jacques Chirac prononcé le 16 juillet 1995 a marqué le début d'une nouvelle ère : celle de la reconnaissance de la responsabilité de la France dans le génocide. Depuis, les lieux du souvenir se multiplient ; en 2000, l'Assemblée nationale a décidé d'une journée de commémoration à la mémoire des victimes des crimes antisémites commis par l'Etat français. Ces démarches officielles sont d'autant plus utiles que nous avons atteint un sommet de connaissance et que nous nous apprêtons à entamer une descente : témoins et survivants disparaissent peu à peu. Nous nous acheminons vers un passage entre le temps de la mémoire et celui de l'Histoire.
En tant qu'historien spécialiste de la question de la déportation des Juifs de France, quelle a été votre contribution à l'enseignement de la Shoah ?
S K : A partir de 1971, mon épouse et moi nous sommes lancés dans la traque des anciens criminels nazis afin de les faire traduire en justice. Ceux qui avaient participé à la déportation des Juifs de France et qui étaient confortablement installés dans la société allemande. Relatées dans les médias, nos actions ont envoyé des milliers de messages historiques aux Français. Mais l'intérêt des citoyens s'est véritablement accru lorsque j'ai entrepris, entre 1978 et 1998, de démontrer la responsabilité de Vichy dans l'organisation de la solution finale, mettant en cause les représentants des organes de persécution des Juifs. Bousquet, Papon, Touvier sont autant d'affaires qui resteront gravées à jamais dans la mémoire des Français. Ainsi, je pense avoir joué un véritable rôle d'enseignant à l'échelle nationale.
D'autant que vous êtes également le père fondateur de l'écriture de la Shoah dans notre pays...
S K : Mon travail de recherche historique m'a amené à rédiger un certain nombre d'ouvrages clefs – regroupés dans La Shoah en France (4 tomes, Fayard) – qui ont sensiblement amélioré la qualité des productions historiques. Des références pour les chercheurs, les historiens, les enseignants... dans lesquelles j'ai développé une nouvelle méthode, largement reprise depuis : la Shoah individualisée. Une mémoire vivante de l'holocauste, qui, au lieu de s'attacher à de simples données statistiques favorise la restitution méticuleuse de l'identité de chaque victime. Pour les 76 000 déportés de France, je me suis efforcé de retrouver leurs états civils complets ainsi que leurs adresses d'arrestation. De façon à ce que l'on sache que cette tragédie s'est bien opérée à l'échelle entière de l'hexagone. Dans les grandes cités, les villes moyennes, les villages et les hameaux.
Que recommander aux enseignants ?
S K : Les génocides sont apparus en périodes de crises, de guerres ou au sein de régimes totalitaires. Diplomatie et valeurs républicaines constituent les bases d'une éducation préventive, sage et responsable.
Propos recueillis par Sandrine Nourrissat.