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"Il y avait une marchande de poissons, qui était vraiment comme on pouvait se la représenter : la marchande de poissons grosse, forte, avec des joues rouges, des tabliers bleus, des jupes longues. Et elle était vraiment profondément antisémite ! Nous avions des WC à mi-étage et c'était toujours 'cette juive qui avait mis quelque chose dans les WC et qui les rendait inutilisables'. Il y avait aussi une crémière qui était rue de Tourtille; dans sa crémerie, tout brillait, tout était astiqué... C'était aussi quelqu'un de profondément antisémite." "Ma mère était très propre ; on allait chercher du lait avec le broc à lait, et quand je faisais la queue, la crémière ne regardait même pas le pot et me disait : 'Moi, je ne mets pas de lait dans un pot qui n'est pas propre. Tu retournes chez toi et tu demandes à ta mère de le relaver'. Je repartais en pleurant. Ma mère ne relavait pas le pot parce qu'il était propre, mais il fallait y retourner... C'était le genre de vexation que nous subissions..."
Lola
"On
n'avait pas de jouets et quand j'avais 5-6 ans, me revient le souvenir qu'une
petite fille, une petite Française que gardait madame F. avait une
jolie poupée avec une petite croix. J'ai volé la petite croix.
Le soir, madame F. a dit : 'Oh, c'est même pas la peine de chercher
bien loin qui a volé, la petite croix. C'est la youpine'. »
Ça m'est resté... 'Hein que tu l'as volée !' J'ai dit
oui. Alors j'ai reçu une gifle, une petite gifle, et puis j'ai rendu
la croix. Tout le monde avait des jouets et moi, je n'avais rien. On est
fait de notre enfance, de nos souffrances, de nos joies..."
Sonia
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"On me disait : 'Ne va pas au cinéma'. Parce qu'à l'époque, on allait au cinéma seuls, même à 9 ans. Alors, chacun commençait à donner son opinion de ce qu'il avait entendu, de ce qu'il avait vu. 'Alors, on n'a plus le droit d'aller à l'école, chouette !' Certains disaient ça. Mais non, il n'y avait pas d'interdiction d'école. Voilà comment les choses ont débuté."
"A cause de l'étoile jaune, ma tante, esthéticienne, cours de l'Intendance, a perdu son emploi. Elle est revenue au salon pour se faire coiffer. La personne qui lui faisait son shampooing s'est exclamée : 'Et puis merde, je refuse de laver la tête d'une juive !'. Ma tante est sortie avec un foulard sur la tête pleine de savon."
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"Un juif, c'est facile à reconnaître d'après Radio-Paris, les journaux collabos et les affiches, à cause du nez crochu, des grandes oreilles décollées. Nous, avec Jeannot, on a beau se regarder, il n'y a rien de tout cela, ni pour le nez ni pour les oreilles. C'est pas le cas de Carasco ou de Lopez, avec leur teint basané et leurs cheveux crépus tellement visibles qu'on dirait des Arabes."
Photo : Mémorial de
Caen
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"Dans un premier temps, le commissariat n'a accordé qu'une étoile à notre famille; la mienne... A ce moment-là, le port de l'étoile n'était pas obligatoire pour 'les Israélites d'origine hongroise' et pour les enfants de moins de 6 ans... Mais comme je ne voulais pas être la seule à porter cette marque distinctive, mon père est allé au commissariat pour demander qu'on lui donne 'des suppléments d'étoiles'. Le commissariat les lui a refusées et lui a conseillé de les acheter au marché noir... Donc, toute la famille a acheté des 'broches' de conMarceltrebande, comme disait ma petite sœur, et nous les avons tous portées."
Jeannette
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Contenus extraits de l'ouvrage Paroles d'étoiles "L'album des enfants cachés (1939-1945)" Jean-Pierre Guéno, Jérôme Pecnard Ed. Librio |